Une commune lance un budget participatif pour choisir quel service public fermera en premier
Une enveloppe de 180 000 euros à économiser, trois équipements candidats : les habitants sont invités à choisir le service public auquel les autres renonceront.

Les habitants de Montfaucon-les-Tilleuls ont jusqu’au 30 novembre pour départager la piscine municipale, la médiathèque et la mairie annexe. Pour cette première édition de son budget participatif, la commune leur confie une enveloppe de 180 000 euros à économiser. « Nous avons longtemps pris les décisions difficiles seuls. Il était temps de partager cette responsabilité », a déclaré la maire, Marianne Vaucret, devant les trois directeurs d’établissement.
Le dispositif reprend les codes habituels de la démocratie locale : réunions publiques, plateforme de propositions et petits autocollants « J’ai participé ». Une seule modification a été apportée au formulaire utilisé l’an dernier pour choisir des plantations. La case « Quel projet souhaitez-vous voir naître ? » demande désormais « À quel équipement êtes-vous le moins attaché ? ». Le prestataire a conservé l’illustration représentant des mains qui font pousser un arbre.
Chaque service dispose d’une fiche présentant son coût annuel, sa fréquentation et les solutions de remplacement disponibles. Les nageurs pourront ainsi rejoindre un bassin situé à vingt-six kilomètres. Pour les lecteurs, la commune signale l’existence de livres dans le commerce. La fermeture de la mairie annexe ferait, elle, gagner quarante minutes de travail quotidien à un agent, qui les consacrerait à répondre aux appels des habitants ne trouvant plus la mairie annexe.
La campagne a rapidement mobilisé les associations. Le club de natation a distribué un tract rappelant que l’on pouvait lire dans son bain, tandis que les Amis de la médiathèque soulignaient qu’aucun roman n’avait jamais nécessité de chloration. Les usagers de la mairie annexe ont tenté de constituer un collectif, mais plusieurs étaient venus précisément parce qu’ils avaient besoin d’aide pour créer une adresse électronique.
Lors de la première réunion publique, une habitante a demandé s’il était possible de ne fermer aucun équipement. La maire a salué une contribution « particulièrement ambitieuse », avant de rappeler que les propositions devaient respecter l’enveloppe. Une autre participante a suggéré de réduire les indemnités des élus. Sa demande sera étudiée dans le cadre d’une consultation distincte, dont le calendrier doit être fixé par les élus.
Les habitants peuvent également proposer leurs propres économies. Un groupe de parents a demandé combien rapporterait l’abandon du cabinet chargé d’organiser la consultation. Les 24 000 euros d’honoraires étant déjà engagés, cette piste a été classée parmi les contributions sans effet sur le budget à venir. Le cabinet en a néanmoins retenu une citation pour son bilan intermédiaire : « Les citoyens s’emparent pleinement des enjeux financiers. »
À mi-parcours, la municipalité se félicite d’un taux de participation supérieur à celui du vote sur les plantations. Elle envisage de reconduire l’opération dès l’année prochaine avec les deux équipements restants. Pour éviter que certains habitants votent uniquement contre un service qu’ils n’utilisent pas, chacun est invité à lire les trois fiches avant de choisir celui que les autres devront abandonner.
Un accompagnement est prévu pour les personnes éloignées du numérique. Chaque mercredi, elles peuvent se rendre à la médiathèque pour utiliser gratuitement un ordinateur et bénéficier de l’assistance du personnel. Devant l’écran, une retraitée hésite encore entre les trois boutons. La bibliothécaire se penche pour l’aider : « Pour nous, c’est ici. »